Facteurs communs de la relation d’aide [article invité]

Suite à son commentaire sur mon article Coaching vs Thérapie, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Laurent Rizo, coach et praticien narratif depuis 2007. C’est avec grand plaisir que je vous présente aujourd’hui son article « l’étude des facteurs communs de la relation d’aide » qu’il transmet à l’Atelier des coachs, école de coaching à Bordeaux.

Les facteurs communs de la relation d’aide

Avec le développement des psychothérapies dans les années 50 se pose la question de leur efficacité.

Dès 1952, Eysenck avance dans une étude que 2/3 des patients névrotiques voient leurs symptômes diminuer ou disparaître spontanément dans les 2 ans suivant leur apparition, qu’ils soient traités ou non. D’autres études dans les années 60 & 70 vont réviser à la hausse le taux de « changement bénéfique » chez les patients qui ont suivi une psychothérapie.

Plusieurs professeurs de psychologie (Michael Lambert, Sol Garfield, Allen Bergin…), cherchent alors à identifier ce qui « marche » dans une relation d’aide, indépendamment :

  • De l’orientation théorique : psycho-dynamique, comportementaliste, systémique…
  • Du mode : individuelle, de groupe, de couple, familiale…
  • Du dosage : nombre de séances, fréquence et durée
  • De la spécialité : type de problème, de discipline

Après analyse de plusieurs dizaines de milliers d’accompagnements répartis sur quarante ans, Michael Lambert met en évidence (1986) l’existence de facteurs communs à toute forme de relation d’aide qui permettent des changements positifs dans la vie des clients.

1. Facteurs extra-thérapeutiques (40%)

Ils interviendraient pour 40% dans la contribution au changement.

Ce sont les plus importants dans le succès de l’accompagnement.

Ils sont indépendants de la relation d’aide elle-même et tiennent en partie :

  • au client lui-même (ressources, résilience, activités artistiques ou sportives…)
  • à son environnement, ses systèmes sociaux de soutien (conjugal, familial, communautaire, groupes informels de parole ou d’écriture…)
  • au hasard : lectures et rencontres fortuites, évènements…

2. Facteurs relationnels (30%)

Ils interviendraient pour 30% dans la contribution au changement.

Ils sont liés à la qualité de l’alliance entre le praticien et son client.

L’alliance est favorisée par :

  • l’empathie, l’accueil, la bienveillance, le respect, l’authenticité, l’humilité
  • l’absence de jugement de valeur, de critique, de blâme, de langage hautain, de jargon professionnel

L’implication et la motivation du client, qui sont associées au succès de l’accompagnement, sont étroitement liées à son entente avec le praticien.

La force de l’alliance n’est pas liée à la durée de l’accompagnement : la majorité des effets positifs importants surviennent pendant les 6 à 8 premières séances.

3. Facteurs d’espoir (15%)

Ils interviendraient pour 15% dans la contribution au changement.

C’est la part de l’amélioration due au fait que le client a l’espoir que l’accompagnement va « marcher » et donne du crédit au travail effectué. Ils sont aussi appelés les facteurs « placebo ».

Freud évoque en 1890 « un facteur dépendant de la disposition psychique du malade qui influence, sans aucune intention de notre part, le résultat de tout processus thérapeutique introduit par le médecin. ». Plus tard, il parlera « d’attente croyante »: « L’état psychique d’attente croyante, qui est susceptible de mettre en branle toute une série de forces psychiques ayant le plus grand effet sur le déclenchement et la guérison des affections organiques, mérite au plus haut point notre intérêt. », avant de lui privilégier sa théorie du transfert.

4. Facteurs liés à la technique (15%)

Ils interviendraient pour 15% dans la contribution au changement.

Chaque paradigme de pensée supporte des techniques, oriente une pratique : par exemple, les comportementalistes utilisent le conditionnement; les psychanalystes le transfert; les gestalt-thérapeutes l’ici et maintenant, les praticiens narratifs les récits de la personne…

Mais ce sont surtout les praticiens qui s’intéressent aux techniques et en débattent, pas les clients !

Ces techniques sont surtout des codes d’appartenance à une communauté d’accompagnement, qui permettent :

  • au client d’identifier l’appartenance du praticien au groupe auquel il accorde a priori sa confiance
  • au jeune praticien une sécurité qui balise sa pratique mais nuit à sa créativité, son authenticité

Ces codes semblent donc peu déterminants dans la réussite globale d’un accompagnement. De plus, une application trop rigide nuit à la qualité de la relation car le praticien est alors plus centré sur ce qu’il devrait faire, conformément au modèle, que sur l’accueil et l’écoute de son client… et celui-ci le perçoit.

Il revient souvent dans des témoignages de clients à propos de ce qui les a le plus aidés pendant leur accompagnement : « Mon praticien ne me jugeait pas » ou « Je me suis senti(e) écouté(e) ».

Facteurs communs relation d'aide

Quelques remarques en guise de conclusions…

La qualité de la relation tissée entre praticien et client se révèle d’après cette étude deux fois plus influente dans la production d’effets positifs pour le client dans son accompagnement, que la technique utilisée par le praticien. Comme le disait Carl Rogers, “ce qui soigne, c’est la relation”.

Ainsi, au-delà des outils de son modèle de pratique, l’attention que le praticien porte à la qualité de la relation s’avère elle-même un « outil » déterminant dans la réussite de l’accompagnement. Il peut pour cela par exemple « accueillir » sans argumenter, et ainsi reconnaître la souffrance du client, explorer sans juger le non-faire, éviter le langage hautain, le jargon professionnel… et questionner la perception que le client a de la relation.

Les facteurs techniques et relationnels sont les seuls sur lesquels le praticien a un levier d’action « direct ». Le véritable héros du changement est bien le client, qui est lui impliqué dans les facteurs extra-thérapeutiques, d’espoir et relationnels, qui impactent statistiquement davantage la réussite d’un accompagnement. De ce point de vue, cette étude incite les praticiens à cultiver l’humilité, et aussi à s’enlever la pression qu’ils peuvent parfois se mettre à vouloir « régler les problèmes du client ».

Le praticien peut en revanche exploiter la puissance des facteurs extra-thérapeutiques en explorant par exemple les ressources dans l’environnement du client, en lui attribuant le mérite des changements positifs entre les séances et en honorant sa résilience.

Quant aux facteurs d’espoir, le praticien peut traduire leur efficience en adoptant des comportements favorisant la collaboration et la motivation du client, en co-construisant avec lui les objectifs et résultats souhaités, et en misant sur les compétences de celui-ci à trouver des solutions.

Laurent Rizo

Sources

  • Lambert M. J., Bergin A. E. & Shapiro D.A. (1986) The effectiveness of psychotherapy, dans Bergin, A. E. et Garfield, S. L. Handbook of Psychotherapy and Behavior Change, 3rd Ed
  • Lambert M. J. (1992) Implications of outcome research for psychotherapy integration,dans Norcross, J. C. & Goldfried, M. R. Handbook of psychotherapy integration traduit en Français chez Desclée de Brouwer, sous le titre : Psychothérapie integrative (1998)
  • Eysenck H. J. (1952) The effects of psychotherapie : an evaluation
  • Frank J. D. (1973) Persuasion and Healing : a Comparative Study of Psychotherapy
  • Miller S. D., Duncan B. L., & Hubble M. A. (1997) Pour en finir avec Babel : A la recherche d’un langage unificateur pour l’exercice de la psychothérapie
  • De Beer N. et Laplante I. (2003) Les 4 facteurs communs
  • Gros-Louis Y. (2003) Sous le match nul entre les approches en psychothérapie : les facteurs communs
  • Gaillard J-P. (2006) Compétence des psychothérapeutes et recherche en psychothérapie
  • L’Atelier des Coaches (2011) – Les facteurs communs de la relation d’aide

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